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Tensions irano-américaines : l’Iran campe sur ses positions, Trump cherche une échappatoire

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Par le service d'analyse stratégique de Press TV

Avant de lancer l’offensive le 28 février, en pleines négociation nucléaires, les États-Unis avaient conçu une stratégie audacieuse, baptisée « Choc et Stupeur », visant à anéantir l’Iran en 48 heures.

L’objectif était clair : pousser la République islamique à abandonner son programme nucléaire, ses missiles balistiques et son intégrité nationale en l’espace de quelques jours.

Tel était le plan initial. La réalité, cependant, s’est révélée tout autre.

Quarante jours après le déclenchement de cette guerre d’agression non provoquée, menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, la donne stratégique s’est radicalement inversée. Ce qui s’annonçait comme une démonstration unilatérale et téméraire de la suprématie militaire américaine s’est métamorphosé en un tableau saisissant du désarroi et du fiasco de l’administration américaine.

Au fur et à mesure que cette guerre absurde s’étirait, le président américain Donald Trump, qui se plaisait à se définir comme un « négociateur », s’est retrouvé prisonnier d’un dédale qu’il avait lui-même façonné, sans aucune voie de sortie apparente.

Tout au long de cette période, avant comme après le cessez-le-feu, ses déclarations et ses positions n’ont cessé d’évoluer, modifiant sans cesse les règles du jeu, à l’image d’un homme ayant perdu toute maîtrise de la situation.

Son embarras n’est désormais plus un secret stratégique, mais un spectacle public. Les informations ont fuité du Pentagone, elles ont dominé les journaux télévisés et ont été chuchotées dans les allées du Capitole. Ni lui ni ses conseillers ne peuvent plus dissimuler cette réalité.

Chaque jour qui passe érode davantage le prestige des États-Unis sur la scène internationale. La prétendue « superpuissance » n’est plus qu’un tigre de papier. Pendant ce temps, l’Iran observe avec patience, brandissant le sablier au-dessus de la tête d’un président américain perçu comme corrompu, criminel et responsable de la mort d’enfants.

Les dirigeants iraniens ont saisi une vérité que Donald Trump ignore, ou refuse d’admettre : le temps est l’arme suprême, et Téhéran en a désormais le contrôle. L’ère de la domination américaine est incontestablement révolue.

Le monde n’est plus à l’écoute de Trump
 

Au commencement de cette guerre imposée au peuple iranien, la propagande américaine régnait en maître sur les médias mondiaux. Les menaces proférées par Donald Trump faisaient sensation sur les réseaux sociaux, tandis que ses généraux tenaient des points de presse quotidiens, animés par l’assurance de ceux qui se croyaient déjà vainqueurs.

Aujourd’hui, cependant, les marchés internationaux, les émissaires diplomatiques et les grands médias ne prêtent guère attention aux tweets de Trump, à ses fanfaronnades ou aux déclarations creuses de son Secrétaire à la Guerre, lui-même en position précaire. 

Au contraire, l’attention se porte désormais – avec une curiosité mêlée de respect – sur les prochains pas de l’Iran. Les regards sont tournés vers Téhéran, à la recherche de signaux discrets. Les déclarations des responsables iraniens sont disséquées pour en saisir toutes les subtilités. Les déplacements diplomatiques réguliers du ministre des Affaires étrangères iranien à Islamabad, Mascate et Moscou sont analysés non comme des gestes de désespoir, mais comme des manœuvres stratégiques calculées.

Le monde a discrètement intégré une réalité que le régime américain refuse d’admettre : l’Iran détient toujours les atouts décisifs. Donald Trump, quant à lui, a déjà joué et dilapidé la quasi-totalité des siens.

Considérons l’arsenal de leviers dont dispose encore l’Iran après la récente escalade : d’autres détroits stratégiques, au-delà de celui d’Ormuz, qui pourraient être fermés sur simple décision ; des armes développées et stockées, mais jamais encore employées au combat ; des tactiques de guerre navale asymétriques, sciemment tenues secrètes et attendant le moment propice pour être déployées ; un stock intact de cibles vitales disséminées dans toute la région et au sein des territoires occupés ; et enfin, l’appartenance de l’Iran au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

À l’inverse, Trump a épuisé toutes ses options, tant militaires que non militaires. Ses frappes ont échoué à briser la volonté iranienne. Son blocus naval s’est retourné contre lui, aliénant ses propres alliés et déstabilisant les marchés pétroliers mondiaux. Sa campagne de pression économique a atteint ses limites il y a des mois. Sa tentative d’instiller la discorde en Iran a été déjouée dès lors que les dirigeants et le peuple iraniens ont affirmé leur unité et leur ralliement derrière leur bannière nationale.

Il ne reste plus à Trump qu’une seule carte à jouer : celle du perdant, cherchant désespérément une porte de sortie.

Signal d'Islamabad : l'Iran négocie en position de force, non de faiblesse
 

Ce renversement des rapports de force s’est particulièrement manifesté à Islamabad, où les deux parties se sont rencontrées il y a quelques semaines pour le premier cycle de pourparlers sous l’égide du gouvernement pakistanais.

La délégation iranienne, conduite par le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, a catégoriquement refusé toute concession et a mené les négociations en position de supériorité, prenant ainsi les Américains au dépourvu. 

La tournée diplomatique en trois étapes du ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, débutant par le Pakistan, s’inscrit dans la stratégie de négociation globale de l’Iran. Il a présenté aux négociateurs pakistanais un « cadre de travail » destiné à mettre un terme définitif à la guerre imposée.

Cette tournée poursuit un objectif limpide et sans équivoque : rappeler aux États-Unis et à leurs alliés les principes fondamentaux auxquels l’Iran ne dérogera jamais. Et, cette fois-ci, l’Iran énonce ces conditions de manière ouverte, publique et sans ambiguïté.

En premier lieu, les réparations de guerre. L’Amérique devra dédommager l’Iran pour les destructions causées : chaque bombe larguée, chaque bâtiment détruit, chaque port endommagé, chaque infrastructure civile touchée sera pris en compte. Les calculs seront effectués et la facture présentée.

Deuxièmement, le détroit d’Ormuz n’est plus une voie navigable internationale. L’Iran dictera les conditions de passage. L’époque où les navires de guerre américains circulaient librement, où les porte-avions transitaient sans égard pour la souveraineté iranienne, est révolue. Le contrôle de l’Iran sur le détroit est désormais absolu et non négociable.

Troisièmement, ni le programme nucléaire iranien ni ses capacités balistiques ne feront l’objet de négociations futures. Ce ne sont pas des monnaies d’échange, mais des atouts permanents de la nation iranienne, acquis au prix de décennies de sacrifices, défendus au travers de décennies de sanctions, et désormais validés par quarante jours d’agression imposée.

Ce n’est pas le discours d’un acteur cherchant un cessez-le-feu, mais celui d’un vainqueur politique imposant ses conditions et détenteur de tous les leviers.

Le comportement de l’Iran à Islamabad – digne, assuré et serein face à la guerre psychologique américaine – a prouvé, sans l’ombre d’un doute, qui des deux camps se considère vainqueur. La délégation iranienne n’a nullement fléchi. Elle n’a pas imploré. Elle a négocié avec une profonde conviction.

Lors de la visite d’Araghchi à Islamabad, les médias américains ont rapporté que les négociateurs américains, Steve Witkoff et Jared Kushner, étaient prêts à entreprendre un vol de 18 heures pour s’entretenir avec la partie iranienne. Cependant, l’Iran avait déjà clairement signifié qu’aucune discussion n’aurait lieu. Le vol a donc été annulé, et Trump a déclaré qu’il attendrait l’appel de l’Iran.

La tentative désespérée de Trump : un perdant implorant de renégocier
 

L’empressement de Washington à retourner à la table des négociations est devenu presque pathétique. Pendant près de deux semaines, les médias américains, clairement instrumentalisés par des responsables américains, ont annoncé puis manqué de multiples faux délais pour un second cycle de négociations avec l’Iran.

D’abord lundi. Puis mardi. Puis mercredi. Puis vendredi. Chaque échéance a passé sans qu’aucun dialogue n’ait lieu, sans qu’aucune délégation iranienne ne se présente. En effet, l’Iran n’a jamais promis d’en envoyer une tant que la partie américaine n’aurait pas maîtrisé l’art de négocier de bonne foi. Tous les piliers restants de la stratégie de guerre de Trump se sont effondrés publiquement. 

L’option militaire, autrefois présentée comme l’atout maître des États-Unis, s’est révélée limitée, coûteuse et stratégiquement inopérante. Quarante jours de bombardements n’ont pas réussi à contraindre l’Iran à la soumission. De nouveaux bombardements ne sauront prospérer là où quarante jours ont échoué.

Le blocus naval, censé asphyxier l’économie iranienne, a au contraire perturbé le transport maritime mondial, aliéné les alliés européens et fait flamber les prix du pétrole, pénalisant ainsi les consommateurs américains.

La campagne de pression économique, se traduisant par des sanctions répétées, a atteint ses limites depuis longtemps. L’économie iranienne s’est adaptée. Son peuple a résisté. L’effondrement annoncé n’a jamais eu lieu.

L’option de la sédition, dans l’espoir de provoquer des dissensions internes parmi les responsables iraniens ou entre le gouvernement et le peuple, a été neutralisée par la démonstration d’unité nationale, tant de la part des plus hauts responsables du pays que de la population dans la rue.

Toutes les voies étant désormais fermées, Trump n’a d’autre choix que de solliciter une nouvelle série de négociations.

Cependant, comme l’a clairement indiqué le ministre iranien des Affaires étrangères à Islamabad, ces espoirs sont d’ores et déjà anéantis. L’Iran ne s’assiéra pas face à un perdant se faisant passer pour un vainqueur. Il ne légitimera pas l’agression américaine en lui accordant la dignité d’une sortie négociée, du moins pas aux conditions des États-Unis.

S’il doit y avoir des négociations, elles auront lieu lorsque l’Iran le décidera et selon ses propres conditions.

La fusillade à Washington : mise en scène ou piège final ?
 

Comme pour souligner le délitement des États-Unis, un incident étrange et suspect s’est produit dimanche à Washington, lors du dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche.

Normalement, un tel événement ferait la une des journaux mondiaux. Pourtant, son timing a soulevé plus de questions qu’il n’a apporté de réponses.

Premièrement, l’incident a réussi – bien que temporairement – à détourner l’attention du public américain et international de l’humiliation de Washington à Islamabad. Les gros titres ont changé. Les chaînes d’information continue ont modifié leur couverture. L’affaire a été étouffée avant même d’avoir pu pleinement se développer.

Deuxièmement, l’opération visait – en grande partie sans succès – à susciter la sympathie pour Trump, tant au niveau national qu’international. Le scénario : un président sous le feu des critiques, un dirigeant en danger, une nation unie derrière son commandant en chef blessé. Ce scénario, cependant, n’a pas fonctionné.

Au contraire, de nombreux observateurs politiques et militaires, y compris des analystes du renseignement chevronnés en Europe, au Moyen-Orient et même au sein de Washington, ne croient pas à un acte fortuit. À leurs yeux, l’incident porte toutes les marques d’une mise en scène : un timing trop opportun, une exécution trop superficielle et un intérêt politique trop évident pour être une simple coïncidence.

L’objectif apparent était de soutenir la popularité déclinante de Trump en créant de toutes pièces une crise que lui seul pourrait résoudre. Une tactique que nous avons déjà vue employée. 

Cependant, une interprétation plus sombre, évoquée discrètement par les analystes militaires régionaux, mérite d’être considérée : Washington pourrait bien être en train de fabriquer un prétexte pour quelque chose de bien plus dangereux.

Si les « enquêtes » ultérieures – dont la rapidité et l’orientation nous en diront long – parviennent à imputer la fusillade à l’Iran, Trump pourrait s’en servir pour atteindre deux objectifs cruciaux :

-Recriminaliser l'Iran aux yeux de l'opinion publique américaine, inversant ainsi le sentiment croissant que cette guerre était une erreur.

-Et persuader le Congrès d'autoriser la poursuite du conflit au-delà de l'échéance imminente de 60 jours, évitant ainsi une bataille juridique pour le retrait ou la ré-autorisation des troupes.

En d’autres termes, l’Amérique est tellement désespérée de trouver une porte de sortie – ou une prolongation – qu’elle pourrait être prête à en fabriquer une.

La patience iranienne, la panique américaine
 

L’Iran n’est nullement pressé. Il n’a aucune raison de répondre au flot quotidien de menaces creuses, d’accusations hyperboliques ou aux accès de colère sur les réseaux sociaux de Trump.

Patient, avisé et stratégiquement discipliné, Téhéran mettra en œuvre ses mesures, que ce soit sur le champ de bataille ou à la table des négociations, au moment le plus opportun. Ni un jour plus tôt, ni un jour plus tard. L’Amérique, en revanche, panique, et on peut la comprendre.

Son président est désorienté, isolé, et son état se détériore visiblement sous la pression. Ses options militaires sont épuisées. Sa position diplomatique est en ruine. Son front intérieur est irrémédiablement fracturé. Ses alliés prennent discrètement leurs distances. Et maintenant, même son propre appareil sécuritaire pourrait orchestrer des incidents dans le seul but de gagner du temps.

Il ne s’agit pas d’une impasse. Il s’agit d’une défaite flagrante, visible aux yeux du monde entier. Seuls ceux dont la survie politique dépend de la dissimulation refusent de l’admettre.

La seule question qui demeure n’est pas de savoir si l’Iran a gagné- la réponse est déjà connue. La question est désormais de savoir combien de temps Trump continuera de feindre le contraire, et à quel point ses derniers actes désespérés pourraient se révéler dangereux à mesure que le temps lui est compté.

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SOURCE: FRENCH PRESS TV